Dû à un manque de preuves écrites, il est très difficile, voir impossible, de reconstituer de manière claire l'histoire du Wing Chun. Celle que nous connaissons aujourd'hui a été transmise par voie orale de génération en génération. Par ce processus, beaucoup d'informations se sont perdues, faisant ainsi place à l'imagination et à l'exagération. L'histoire s'est donc peu à peu transformée en légende. Cette légende raconte à peu près ceci...

Au XVIème siècle, le temple Shaolin (Siu Lam) fut détruit par les troupes Manchu, l'empereur craignant la révolte des moines pratiquant les arts martiaux. Parmi les survivants, cinq grand maîtres de Kung Fu : Pak Mei, Fung To Tak, Mui Hin, Chi Shin et la none Ng Mui réussirent à s'enfuirent. Ils se dispersèrent chacun de leur côté, évitant ainsi d'être capturés.

temple

Fuyant l'oppression Manchu, la none Ng Mui trouva refuge dans une autre province, loin du temple de Shaolin. Là, elle eut le temps de réfléchir aux techniques de combat de Shaolin qu'elle avait apprises jusqu'ici. Elle réalisa que son style de Kung Fu, avec ses postures exotiques et ses larges mouvements, était bien trop compliqué et trop long à apprendre. La légende dit ensuite que lors d'une promenade, Ng Mui fut inspiré par un combat entre une grue et un serpent. Plutôt que d'essayer d'imiter les mouvements de ces animaux, elle chercha à exploiter les principes qu'elle avait pu observer lors de ce combat : simplicité, souplesse, attaque en ligne droite, esquive, économie d'énergie et de mouvements. Basé sur ses constations et sur ses connaissances du Kung Fu, Ng Mui créa un nouveau style de combat simple et efficace, adapté à la structure du corps humain.

Peu après, Ng Mui fit la connaissance de Yim Yee, un marchand d'un village voisin, dont elle devint amie. Yim Yee avait une très jolie fille, du nom de Yim Wing Chun. Celle-ci avait malheureusement attiré l'attention d'un brigand local qui voulait absolument l'épouser, de gré ou de force. Ng Mui décida alors de s'isoler avec la jeune fille et de lui enseigner sa nouvelle méthode de combat. Yim Wing Chun fut donc la première et probablement l'unique élève de Ng Mui. Après un entraînement intensif, Yim Wing Chun retourna au village. Dès son arrivée, elle fut à nouveau harcelée par le brigand, de manière encore plus insistante cette fois. Yim Wing Chun le défia alors en combat à mains nues, ce que le brigand accepta sans hésitation. Il ne voyait en elle qu'une jeune fille frêle qui serait sa femme très prochainement, du moins c'est ce qu'il croyait. Yim Wing Chun n'eut aucun problème à le battre et ainsi fut libre de marier l'élu de son coeur : Leung Bok Chau. Tous deux pratiquèrent ce nouveau style ensemble et c'est en l'honneur de sa femme que Leung Bok Chau le baptisa Wing Chun, ce qui signifie "printemps radieux".

Leung Bok Chau transmit son savoir à Leung Jan Kwai. Celui-ci introduit un nouveau disciple : Wong Wah Bo. Wong Wah Bo était acteur dans une troupe de théâtre. Toute cette troupe voyageait de villes en villes à bord d'une jonque rouge. A bord de celle-ci, Wong Wah Bo fit la connaissance de Leung Yee Tei, qui avait appris la technique du bâton long avec Chi Shin, l'un des cinq grands maîtres rescapés du temple Shaolin. Wong Wah Bo et Leung Yee Tei décidèrent de partager leurs techniques, ainsi la technique du bâton long fut incorporée au Wing Chun. Ensuite, la jonque rouge jeta l'encre à Fatshan, dans la province de Canton. Là, Leung Yee Tei fit la connaissance de Leung Jan, un docteur de la région à qui il transmit tout son savoir. L'histoire dit que Leung Jan, une fois les techniques assimilées, devint vraiment très fort. Beaucoup d'autres maîtres de Kung Fu lui lancèrent des défis et furent tous battus. Ainsi, Leung Jan et le nom de Wing Chun devinrent vite très connus.

Leung Jan avait deux fils, Leung Bik et Leung Tsun, à qui il enseigna le Wing Chun quotidiennement. Néanmoins, son successeur fut l'un de ses autres élèves : Chan Wah Shun. Chan Wah Shun était marchand, il avait donc beaucoup de contact avec les gens et eut maintes fois l'occasion de pratiquer son système en situation réelle et d'en vérifier l'efficacité. Il devint le leader du style à la mort de Leung Jan.

Durant trente-six ans d'enseignement, Chan Wah Shun n'eut que seize élèves. Parmi eux, un jeune homme à l'esprit vif, Yip Man, allait devenir le dernier grand maître du style.

Yip Man

Yip Man, le dernier grand maître

Yip Man commença son étude du Wing Chun à approximativement neuf ans. Quand Chan Wah Shun mourut, Yip Man continua son enseignement avec le plus ancien élève de son défunt maître : Ng Chung So. Ensuite, Yip Man quitta Fatshan pour Hong Kong où il continua ses études au collège St-Stephen. Là, il s'entraîna avec Leung Bik, le premier fils de Leung Jan, qui termina la formation d'Yip Man. Quand Leung Bik mourut, Yip Man retourna à Fatshan où Il travailla dans l'armée puis en tant que policier. Il eut l'occasion, durant cette période, de former plusieurs élèves qui devinrent par la suite des maîtres à leur tour. En 1937, les Japonais envahirent la Chine. Ce fut une période difficile pour Yip Man qui refusa de travailler pour les Japonais et se retrouva donc sans travail. En 1950, il quitta Fatshan pour Hong Kong et commença à enseigner le Wing Chun à un large public.

Durant toutes ces années d'enseignement, Yip Man forma un grand nombre d'élèves. Parmi eux : ses deux fils Yip Chun et Yip Ching; Wong Shun Leung, aujourd'hui décédé; Tsui Shun Tin et Bruce Lee, personnage qu'il n'est pas nécessaire de présenter.

Yip Man & Bruce Lee

Yip Man et Bruce Lee pratiquant le Chi Sao

De nos jours, le Wing Chun est répandu un peu partout sur la planète. Il est représenté sous diverses branches suivant son origine (Wing Chun de Fatshan ou Wing Chun de Hong Kong) et l'évolution qu'il a prise par la suite. Il y a beaucoup d'associations, beaucoup d'écoles et beaucoup d'enseignants. En ce qui nous concerne, le but de notre association est de faire découvrir le Wing Chun, de l'enseigner de la manière la plus propre possible, en suivant les principes traditionnels qui nous ont été transmis par Yip Chun, le fils d'Yip Man.